Résister

Resurvolé : Vauban, bâtisseur du Roi-Soleil, sous la direction d’Isabelle Warmoes et Victoria Sanger, et publié en 2007 conjointement par Somogy Éditions d’art, La Cité de l’architecture et du patrimoine et le Musée des Plans-reliefs.

Bien avant la grosse Bertha, les missiles intercontinentaux et les nuées de drones kamikazes, Sébastien Le Prestre (1633-1707), marquis de Vauban, parcourait quatre mille kilomètres par an aux six coins de l’Hexagone pour dessiner des fortifications et en superviser la construction. Une douzaine d’entre elles sont aujourd’hui inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, sans compter les fortifications de Québec, qu’il n’a pas vues, mais dont il a largement inspiré la conception. C’est moins que les dix-sept bâtiments de Le Corbusier, mais ce n’est pas rien.

Vauban participe également au siège (victorieux) d’une cinquantaine de places fortes, spectacles à grand déploiement auxquels assiste à dix-neuf reprises Louis XIV lui-même. Non pas qu’une façon de guerroyer soit moins brutale qu’une autre, même si une des devises de Vauban était : « De la sueur plutôt que du sang », mais comme quoi il peut être utile de savoir pourquoi et comment on construit ici et pas là, et comment une muraille verra dix mille lunes, alors qu’une autre fléchira sous le chatouillement des premiers coups de pelle ou des premiers boulets.

Bref, un souci peu à la mode aujourd’hui, mais qui aiderait pourtant nos bâtiments à moins prêter le flanc à la sape du temps et des intempéries, ainsi qu’à l’indifférence trop fréquente de ceux qui n’imaginent pas toute la sueur qui fut nécessaire, justement, pour soulever les pierres et brasser le mortier qui entrent dans nos façades anciennes.

Illustration tirée du Traité de l’attaque et de la défense des places, 1704, Sébastien Le Prestre Vauban.