Politesse

Lu : The Last of the Nice Negro Girl par Anna Deavere Smith publié dans The Atlantic en février 2021; Voices of the Unheard: Making injustices inherent in architectural education and practice visible par Jaliya Fonseka et From the Ground Up: Addressing Systemic Racism in Canada’s Architecture Schools par Anne Bordeleau, tous deux publiés dans le numéro de février 2021 du Canadian Architect.

Dans ce qui ressemble au début accrocheur d’un roman, Deavere Smith (1950- ) raconte son passage, à la fin des années 1960, dans l’une de ces : « finishing schools where [white] girls were focused on meeting boys attending nearby institutions » (p. 14), et comment, avec la poignée de filles noires dont elle faisait partie : « [They] were told that [they] had to be good and [that they] had to be nice in all ways » (p. 17).

Photo : Happy Saturday, 1938, Charles “Teenie” Harris, The Teenie Harris Archive at Carnegie Museum of Art, source.

L’article s’achève cependant par une injonction : « We must excavate history to assess how we learned to restore human dignity that had been ripped away by plunder and slavery » et par une question : « How did we get this far? Not by being nice » (p. 17). Devant le racisme, la violence et les injustices trop ordinaires qui ne s’essoufflent pas, cette impatience se comprend parfaitement.

Photo : Crowd, including Greta Richardson fourth from right, holding signs on Webster Avenue near Morgan Street, Hill District, August 1951, Charles “Teenie” Harris, The Teenie Harris Archive at Carnegie Museum of Art, source.

En même temps, lorsque je négocie la bretelle d’autoroute, à fond en survolant les vibreurs, et que la calandre du VUS qui remplit déjà toute ma lunette arrière continue de se rapprocher, je m’ennuie de la politesse. Elle pourrait toutefois ne pas revenir de sitôt. Alors que l’ « ultra-fast-fashion » domine (et l’ « ultra-fast-recrimination » serait-on tenté de dire), certains semblent en effet plus pressés de déchirer leur chemise avant qu’elle ne se déchire toute seule, de réclamer des « exemples » ou de dénoncer en bloc : tous pourris.

Bordeleau observe ainsi : « Architecture – when formulated by fifteenth-and-sixteenth-century Italian theorists as Architettura or Re Aedificatoria – is a discipline that was  »re-invented » as distinct from mere construction in an effort to valorize a practice to potential patrons. To be fully equity-minded, we should all be abandoning this story, which is fundamentally based on privilege, as well as on actions that frequently served as tools for subjugating both people and territories. » (p. 44).

Pour construire, il a toujours fallu et il faut encore des moyens considérables dont seuls les mieux nantis et les plus puissants (ou l’État) disposent. L’architecte se trouve ainsi presque toujours dans l’orbite du pouvoir et de ses visées avec, parfois et à son contact, trop d’enthousiasme pour celui-ci. Impression de possibilités illimitées qui explique peut-être d’ailleurs, au-delà de l’éthos artistique, cette arrogante folie des grandeurs souvent propre aux architectes les plus adulés.

Avec tous les risques de dérapages que cela comporte.

Photo : Albert Speer (left), Hitler’s chief architect, presents his model of the German Pavilion, designed for the World’s Fair in Paris in 1937, source.

Bordeleau nuance heureusement en affirmant : « But of course, such a wholesale abandonment would also do away with all of the positive aspects of architecture ». Ainsi, au lieu de javelliser l’histoire de l’architecture, ne serait-il pas plus constructif d’en reconnaître toute la complexité, incluant ses pans les plus sombres ? Cela ne signifie pas d’endosser l’inacceptable, au contraire, ou de se limiter à effectuer quelques changements cosmétiques, mais de se demander, comme le suggère Fonseka : « Who do each of us need to become to embody the change we want to see? » et : « How do we traverse this difficult path together? » (p. 42)

Tout cela peut sembler un peu lourd, comme la neige tombée cette nuit. Le soleil et la chaleur d’aujourd’hui annoncent toutefois le retour prochain du printemps et d’une légèreté que l’on souhaite plus propice aux nouvelles idées afin de revoir ce vivre ensemble !