Sublime

Vu : la Manchester Art Gallery, incluant la rétrospective « Annie Swynnerton: Painting Light and Hope » présentée jusqu’au 6 janvier 2019, et The Lowry, incluant l’exposition « Chantal Joffe: Personal Feeling is the Main Thing » présentée jusqu’au 2 septembre 2018.

En plus d’accompagner ses collections au moyen des habituelles descriptions élaborées par les historiens de l’art, la Manchester Art Gallery « double » celles-ci de textes à saveur « révisionniste féministe ». Ainsi, on peut lire :

« This display explores the ways male artists […] have represented the […] male , and female body over more than two centuries [between 1700 and 1920]; they really liked to look at sexy bodies! It was inspired by the casts from the Parthenon frieze (the Parthenon is pure Empire loot) given by George IV (a typical patriarch in power purely by being male & born into privilege). At the time ‘Artist’ was a respectable profession for the fellas but improper for the ladies, obv[iou]s[ly]. They weren’t allowed to leave the house without wearing a life-restricting corset that decreased oxygen to the brain, let alone be let into most art schools. »

Et c’est un peu ce que semble dénoncer dans la salle voisine, dans le cadre de la première rétrospective présentée depuis 1923, l’œuvre de la peintre britannique Annie Swynnerton (1844-1933).

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Toile (recadrée) : The Letter, entre 1900 et 1920, Annie Swynnerton, source.

Première femme élue membre de la Royal Academy of Arts en 1922, cette artiste accomplie fait penser à Berthe Morisot (1841-1895). Cette dernière fut au coeur du mouvement impressionniste, mais elle s’avère quasi inconnue comparativement à ses illustres collègues masculins, alors qu’elle n’a pourtant absolument rien à leur envier.

Le propos révisionniste poursuit : « A key theme here is the well-known saying: ‘beauty is in the eye of the (patriarchal-gaze) beholder.’ The perception of beauty changed over time (with so much flesh, the patriarchy gets easily bored) though pretty much always involves some level of perfection that cannot be achieved without dedicating your entire life to it! »

À l’autre bout de la ville, Chantal Joffe (1969- ) offre un contrepoint actuel et puissant à tout ce qui précède. Sur des toiles immenses, elle se représente et représente des femmes en mettant en valeur ce qu’elles sont d’une tout autre façon. La beauté qui s’en dégage est plus brute, mais non moins intense et impressionnante.

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Toile : Blond Girl, Black Dress (2005), Chantal Joffe, source.
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Toile : Check Jacket and Baby (2004), Chantal Joffe, source.
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Toile : Brunette in a Car (2013), Chantal Joffe, source.
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Toile : Checkered Skirt (2005), Chantal Joffe, source.

Joffe, 48 ans, et son regard unique bénéficient déjà d’une grande notoriété. C’est déjà ça.

Maintenant, en attendant que de telles visions soient plus nombreuses et que le « female gaze » soit également plus visible, il semble rester encore bien du travail à faire pour distinguer dévoilement gratuit de chair et digne célébration du sublime.

Cyprien Eugène Boulet
Toile (recadrée) : Femme au châle vert, avant 1927, Cyprien Eugène Boulet, source.