Victoire

Lu : What makes things cool par Derek Thompson publié dans le numéro de janvier/février 2017 de The Atlantic, et relu : La couleur du confort, un texte d’Élène Tremblay faisant partie du catalogue Le souci du document (le mois de la photo à Montréal 1999) publié par Vox et Les 400 coups.

Au nom de la sacro-sainte contemporanéité, il est de bon ton chez les architectes de fustiger la maison dite « victorienne » qui pullulerait dans nos banlieues, avec ses toitures inutilement complexes, ses tourelles faussement romantiques et ses évocations lointaines de motifs anciens. Pourtant, les nouveaux « cottages » qui envahissent nos plus belles terres agricoles et nos milieux humides fragiles ont bien peu en commun avec les petites et grandes demeures construites sous le règne de la reine Victoria (1837-1901).

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Illustration : Queen Victoria, sans date et sans auteur, source.

Certains s’en rapprochent peut-être par leur caractère surchargé, mais leurs torses bombés semblent à mille lieues de la subtilité victorienne et de ses compositions éclectiques empruntant à une myriade de styles historiques. Et malgré tous les programmes de garantie, leurs bardeaux s’envoleront et leurs poteaux de galerie fléchiront bien avant les belles d’autrefois, tant leur qualité de construction laisse à désirer. Alors, en plus d’insulter un style honorable et sa représentante couronnée, que critiquent vraiment les architectes ?

Tremblay offre une piste peu joyeuse, mais qui mène sans doute au cœur du malaise : « la matière isolante encore visible sur ces petites maisons est tout aussi rose que le rêve de confort qu’elles font miroiter depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un rêve qui, pour certains, tient plutôt lieu de cauchemar où le vide, l’isolement, l’uniformité, le conformisme finissent par engendrer la dépression et la catatonie » (p. 121).

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Photo : Sans titre, série Home Invasion, 1998, Susan Dobson, source.

Pour éviter de sombrer ainsi, les architectes prescrivent habituellement une injection de spectaculaire pimentée d’une dose de jamais vu, autant que possible sous la forme d’un concours, question d’organiser une petite fête entre voisins dans la ruelle. Force est cependant de reconnaître qu’une telle recette fait souvent « patate » auprès de la majorité de leurs concitoyens, même ceux férus de culture et de vacances en Italie.

Pour sa part, Thomson nous rappelle que, d’après la théorie « Most Advanced Yet Acceptable (MAYA) » du designer Raymond Loewy : « to sell something, make it familiar; and to sell something familiar, make it surprising » (p 70). C’est probablement ce qui explique, du moins en partie, le succès de bureaux comme Nature humaine (Stéphane Rasselet et Marc-André Plasse / ce dernier maintenant chez Snøhetta), la SHED (Sébastien Parent, Yannick Laurin et Renée Mailhot) et APPAREIL architecture (Kim Parizeau), pour qui lignes épurées se conjuguent avec sourire et confort. Victoire !

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Photo (recadrée) : Résidence Connaught, Montréal, photo n° 10, 2013,
Nature humaine (photo : Adrien Williams), source.
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Photo : Résidence rue De Gaspé, Montréal, photo nº 15, 2014,
la SHED architecture (photo : Maxime Brouillet), source.
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Photo : Maison boréale, Sainte-Adèle, 2012,
Appareil architecture (photo : Mathieu Laverdière), source.