L’homme pressé

Lu : Simenon photographe par Tristan Bourlard publié en 2000 chez Actes Sud / Solin dans la série Archives privées.

Sachant que Marie Trintignant est morte sous les coups de Bertrand Cantat, il n’est plus possible d’écouter ce dernier de la même façon ou de l’écouter, point. De la même façon, il est difficile d’admirer candidement les photos prises par Simenon après avoir lu le portrait que brosse Bourlard de ce dernier : cet « homme pressé » se targuait d’avoir couché avec 10 000 femmes dont 8 000 prostituées et, malgré ses nombreux voyages au cours des années 1930 et sa dénonciation de l’entreprise coloniale, son regard « semble incapable de percevoir l’Africain, l’Arabe, le Juif, le Slave, l’Étranger, l’Ouvrier dans leur richesse humaine et leur profondeur culturelle » (p. 15).

Pourtant, comme les mélodies de Noir désir, plusieurs images « volées » par Simenon ne peuvent laisser indifférent, en raison de certains cadrages et du fait qu’elles témoignent d’une période trouble.

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Photo : Pologne, 1933, Georges Simenon, page non numérotée.
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Photo : Russie, 1933, Georges Simenon, page non numérotée.
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Photo : Afrique, Kigoma, 1932, Georges Simenon, page non numérotée.
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Photo : Mer Méditerranée, 1933, Georges Simenon, page non numérotée.

Simple catalogue des photoreportages du début de sa carrière, des futurs personnages qui apparaîtront dans ses célèbres romans, des conquêtes qu’il engrange à un rythme frénétique de la Tunisie à Tahiti ? Ou regard curieux, voire boulimique, sur les gens au fil des contrées qu’il traverse ? Alors qu’il reste plus de questions que de réponses, le malaise ne semble pas près de se dissiper.