Zeitgeist

Vu : l’exposition 1950 Le Québec de la photojournaliste Lida Moser présentée au MNBAQ (Anne-Marie Bouchard, commissaire) jusqu’au 10 mai 2015 et lu: le catalogue éponyme.

« Formée aux principes de la New York Photo League » (p. 7) et élève de Berenice Abbott, la photographe américaine Lida Moser (1920-2014) effectue en 1950 deux longs reportages au Québec. Lors de son premier séjour, elle a la chance de parcourir la province pendant deux mois en compagnie de « Paul Gouin, conseiller culturel de Maurice Duplessis, fin connaisseur des arts populaires, de Luc Lacourcière, professeur de folklore et d’ethnographie à l’Université Laval, et de Félix-Antoine Savard, homme d’Église et écrivain » (Ibid). Grâce à ce trio exceptionnel, elle rencontre l’élite culturelle et artistique de l’époque et découvre les paysages caractéristiques de plusieurs régions.

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  Photo : « Vue prise de la terrasse Dufferin », Lida Moser, p. 126.
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  Photo : « Le rocher Percé et l’île Bonaventure vus du pic de l’Aurore, à Percé », Lida Moser, p. 74.
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  Photo : « Décor extérieur de la maison de la famille Barette, à Saint-Jean » (Île d’Orléans), Lida Moser, p. 103.
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  Photo : « Paul Gouin sur la grève, devant un tombereau conduit par deux enfants, à Grande-Vallée », Lida Moser, p. 87.
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  Photo : « Jean-Eudes et François Boule sur un chantier de bois à l’heure du repas, Saint-Majorique », Lida Moser, p. 82.
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  Photo : « Enfants vendant des bateaux miniatures en bordure de la route, à Coin-du-Banc », Lida Moser, p. 79.
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  Photo : « La cuisine d’une maison de ferme, avec sa pompe à eau, à La Prairie », Lida Moser, p. 115.
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  Photo : « Intérieur du restaurant Buffet de la Côte, avec vue sur la Côte de la Montagne », Lida Moser, p. 127.

Soixante-cinq petites années ont passé depuis cet instantané saisissant. Aujourd’hui, le Québec n’est plus cette province plutôt rurale et pauvre, sous l’emprise de l’Église, et hésitante devant la modernité. Des rivières ont été harnachées et ses habitants excellent partout et dans tous les domaines. En même temps, le Canada n’est plus le pays accueillant et pacifique qu’il était devenu. L’arrogance et la méfiance ont traversé la frontière, et un véritable savoir-vivre ensemble, d’abord avec les autochtones, entre nous puis avec les nouveaux arrivants, reste toujours à définir.

Sans revenir en arrière, souhaitons que la province retrouve un peu du caractère paisible capté avec tant de doigté par Moser. Souhaitons que le Québec s’ouvre encore davantage sur le monde, loin des idéologies, de la xénophobie et du cynisme.