Archi-Duc

Vu : l’exposition Viollet-le-Duc: les visions d’un architecte présentée jusqu’au 9 mars 2015 à la Cité de l’architecture et du patrimoine. Et commencé à lire: Viollet-le-Duc de Françoise Bercé publié aux Éditions du patrimoine/Centre des monuments nationaux en 2013.

Comment peut-on, entre autres, se faire les dents sur le chantier de la restauration de la Sainte-Chapelle, diriger ensuite la restauration de Notre-Dame-de Paris, la reconstruction de la cité de Carcassonne et du château de Pierrefonds, puis envisager, sans sourciller, la restauration du massif du Mont-Blanc ? Et bien il suffit d’être le protégé de Prosper Mérimée et de l’empereur Napoléon III, et de s’appeler Eugène Viollet-le-Duc.

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Illustration (recadrée) : « Tré-la-Tête », 31 juillet 1877, Eugène Viollet-le-Duc, p. 170.

Où ce cache cette petite troupe qui, dans l’ombre, fait grandir les enfants, les emmène à leurs leçons de piano, mitonne des petits plats, fait la lessive, sort le chien, passe l’aspirateur, achète de nouvelles bottes de chantier et recoud le fonds de la tente en vue de cette prochaine expédition en montagne ? Et quel rôle cette jeune, jolie et brillante assistante du nom d’Alexandrine a-t-elle joué dans tout cela ? Nous n’en saurons rien.

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Illustration (extrait) : « Le banquet des dames dans la salle de spectacle des Tuileries », juillet 1835,
Eugène Viollet-le-Duc, p. 24.

Par contre, si la réputation de ce personnage plus grand que nature le précédait déjà, cette exposition généreuse a l’immense mérite de montrer l’étendue impressionnante de son œuvre, en plus d’aborder de front les controverses encore bien vivantes soulevées par les projets du maître. Virtuose de la plume, tant à l’écrit qu’en dessin (malgré l’utilisation de cette lunette permettant de projeter ce que l’on voit dans son carnet de croquis), Viollet-le-Duc savait en tout cas assurément soulever l’enthousiasme des bailleurs de fonds et des artisans, et les convaincre de ses « visions ». Que l’on soit d’accord ou pas avec ces dernières, une telle démonstration impose le respect.

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  Illustration : « Détail de l’une des voûtes de l’église haute de San Francesco, Assisi », juin 1837,
Eugène Viollet-le-Duc, p. 21.
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  Illustration : « Ouvrier marchant sous les arcs-boutants du chevet de l’église abbatiale du Mont-Saint-Michel », 1835,
Eugène Viollet-le-Duc, p. 172.

Enfin une exposition qui prend ses visiteurs au sérieux, qui sait assouvir leur soif d’apprendre, qui a confiance dans leur capacité d’absorber des tonnes d’informations. Bref, une exposition qui refuse de baisser les bras devant le divertissement muséal galopant, celui aux contenus vaporeux et qui nous souffle les émotions que l’on devrait ressentir.