Patine

Survolé : Architecture Canada 2014 : Les Médailles du Gouverneur général en architecture publié par l’Institut royal d’architecture du Canada (IRAC).

Qui dit logement collectif dit généralement caractère répétitif, afin de loger le plus grand nombre, d’accélérer la construction et de réduire les coûts. Et qui dit répétition dit bien souvent monotonie, voire ennui, sans parler d’une qualité laissant à désirer ou du gigantisme de certains ensembles. Malgré tout, quelques architectes courageux s’intéressent à la question et s’impliquent en cherchant sincèrement des solutions concrètes au mieux vivre ensemble dans une certaine densité.

Plus nombreux cependant sont les architectes qui se plaignent du fait que l’écrasante majorité des habitations continuent d’être conçues par d’autres qu’eux, certains mécontents allant même jusqu’à insulter les non-architectes qui n’en auraient, selon eux, que pour les « quétaineries ». Comme l’art contemporain, l’architecture possède aujourd’hui un penchant certain pour l’inusité et le spectaculaire, pour l’avant-garde. Il n’est donc pas surprenant que bien des architectes préfèrent signer de « modest weekend retreats », comme l’écrirait le magazine Dwell et ce, malgré le fait que ces milliers de pieds carrés abriteraient aisément plusieurs familles. Cela permet de laisser libre cours à leur imagination et d’exprimer une mégalomanie au moins égale à celle de leurs clients.

Si l’on oublie un instant l’élitisme galopant de telles réalisations et la privatisation de sites naturels exceptionnels, de tels repaires font bien sûr rêver.

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Photo : « Tula House » (sans date et sans auteur), récipiendaire d’une Médaille du Gouverneur général en 2014,
Patkau Architects, source.

Surtout lorsque les notions de plaisir et de confort n’ont pas été complètement écartées…

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Photo : « Fenêtres du rez-de-chaussée » de la « Casa La Baronnia », Christian Schaulin photographe,
Max Nunez et Nicolas Del Rio architectes, tirée de la revue Architecture à vivre, mai-juin 2014, p. 91.

Dans un tout autre registre, au couchant de la vie de bâtiments plus utilitaires, quelques artistes de même que des légions d’ « explorateurs urbains » se passionnent pour les ruines, celles de simples maisons de ferme, d’usines (voir la série « Disappearance of Darkness » de Robert Burley), d’ouvrages militaires (revoir le formidable « Bunker archéologie » de Paul Virilio), de centres commerciaux ou d’hôpitaux psychiatriques désaffectés.

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Photo : « Rockport, New Brunswick, 1993 », Thaddeus Holownia,
« Extended Vision, The Photography of Thaddeus Holownia, 1975-1997 » de Carol Payne,
Canadian Museum of Contemporary Photography, 1998, p. 27.

Vu : un court reportage au sujet de l’œuvre « Unframed – Ellis Island » installée par l’artiste français JR dans l’ancien complexe hospitalier de la célèbre station d’immigration new-yorkaise en attendant une éventuelle restauration/mise en valeur plus complète des édifices.

Au-delà de l’habituelle poésie de la décrépitude, esthétique de la disparition ou potentiel de réappropriation et de transformation de tels lieux propres à ces images, les photos d’immigrants accolées par cet artiste aux fenêtres et aux murs des bâtiments d’Ellis Island entrouvrent ici la porte sur la vie des gens qui ont laissé une partie de leur âme à cet endroit.

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Photo : Sans titre et sans date, JR, source.

Ce sont précisément ces égratignures, cette patine et ce vécu qui font défaut dans les images ultra léchées de maisons contemporaines et qui pourraient pourtant nous laisser entrevoir et apprécier davantage l’âme de leurs concepteurs et de leurs habitants.