Voir les pays de l’Est

English version below:

Parce que Plecnick à Prague et Melnikov dans sa maison aux fenêtres hexagonales, parce que 20 à 30 millions de Russes ont péri pendant l’offensive allemande au cours de la Seconde Guerre mondiale, parce que Jan rapporte de Gdansk des histoires à dormir debout, parce que Tallinn et Tbilissi à travers les yeux de Sophie et Stanislas.

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Photo : Sans titre, 2013, Sophie Martin.
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Photo : Sans titre, 2013, Sophie Martin.

Lu en attendant que Moscou ne modère ses élans conquérants : La photographie soviétique de 1917 à 1945, un ouvrage fouillé, limpide et nuancé d’Annette Merlot-Henry qui m’a rappelé la formidable rétrospective du travail d’Alexandre Rodtchenko, intitulée La révolution dans l’œil, admirée au Palais de Tokyo à Paris il y a quelques années.

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Photo : « Gears », 1929, A. Rodtchenko, source.
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Photo : « Fire escape (with a man) », sans date, A. Rodtchenko, source.

L’histoire que relate Merlot-Henry est bien entendu celle d’une tourmente révolutionnaire qui se transforme en un régime omniscient, d’une propagande politique qui érige un culte de la personnalité autour de ses dirigeants et qui tente de convaincre du bien-fondé de transformations sociales et économiques radicales. C’est également celle de la mise sur pied d’une industrie fabriquant appareils, pellicules et chimies à partir de technologies allemandes, de la formation de grandes agences de presse et d’une myriade de clubs, et même de l’apparition d’une pédagogie qui souhaitait, dès les années 1920, mettre un appareil photographique entre les mains de tous les enfants.

Pourtant, ce qui fascine particulièrement, ce sont les violentes querelles qui divisent l’avant-garde au sujet de ce que serait une photographie véritablement « révolutionnaire » ou plus « révolutionnaire » que les autres. Dans ce débat et sous prétexte de rompre avec les valeurs anciennes de la bourgeoisie, certains prônent purement et simplement l’abolition du paysage, du portrait et du nu afin de proposer une nouvelle définition de la beauté, plus brute et plus «objective».

Mais ces grands thèmes ne sont-ils pas simplement trop humains pour disparaître ?

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Photo : Mère, 1924, A. Rodtchenko, source.
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Photo : Portrait de femme, 1913-1914, A. Grinberg, source.

English version:

To See Eastern Europe

For Plecnick in Prague and Melnikov in his house with hexagonal windows, for the 20 to 30 million Russians who died trying to contain the German push during the Second World War, for Jan who always returns from Gdansk with fairytales, for Tallinn and Tbilissi through the eyes of Sophie and Stanislas.

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Photo: Untitled, 2013, Sophie Martin.
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Photo: Untitled, 2013, Sophie Martin.

Read while waiting for Moscow to temper its conquering impulses: La photographie soviétique de 1917 à 1945 (Soviet Photography from 1917 to 1945), a thorough, clear and nuanced book by Annette Merlot-Henry, which reminded me of the outstanding retrospective exhibition of Alexandre Rodtchenko’s work, titled La révolution dans l’œil (Revolution in the Eye), admired at the Palais de Tokyo in Paris a few years ago.

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Photo: Gears, 1929, A. Rodtchenko, source.
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Photo: Fire escape (with a man), undated, A. Rodtchenko, source.

The story told by Merlot-Henry is of course one of revolutionary turmoil morphing into an omniscient regime, of political propaganda constructing a personality cult around its leaders, and trying to convince that the radical social and economical changes being implemented were valid. Is is also the story of an industry manufacturing cameras, film rolls, and chemical products based on German technology, of the development of news agencies and countless clubs, and even of the advent of a pedagogy that wished, as early as in the 1920s, to put a camera in the hands of every children.

This said, it is especially fascinating how violent disputes split the avant-garde about what a truly “revolutionary” photograph should have been or about how to make a photograph more “revolutionary”. In this debate and in order to break from former bourgeois values, some argued in favor of simply abolishing landscapes, portraits and nudes to put forward a new definition of beauty, more neutral and raw.

But aren’t these classic themes simply too human to disappear?

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Photo: Mother, 1924, A. Rodtchenko, source.
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Photo: Portrait of a woman, 1913-1914, A. Grinberg, source.