Courbe carrée

Lu : The Allure of the Selfie: Instagram and the New Self-Portrait par Brooke Wendt, publié en 2014 par l’Institute of Network Cultures à Amsterdam, et : What’s the Worst That Could Happen? AI and the Future of Work par Josh Tyrangiel, publié dans The Atlantic en mars 2026.

Quatre ans après le lancement d’Instagram en 2010, Wendt suggérait que les fabricants de téléphones intelligents auraient repris le message publicitaire du géant Kodak nous invitant à créer des versions idéalisées de nous-mêmes et, au moyen de cette plateforme interactive qui valorise le nombre de « j’aime », de commentaires et d’abonné(e)s, à nous élever dans la pyramide sociale.

Car, c’est bien connu, tout le monde : « wanna chill with the main attraction » (Junglypussy, Jp4, 2020).

Une douzaine d’années plus tard, ce constat semble encore pertinent. Et c’est peut-être la raison pour laquelle le travail d’une poignée de photographes de mode, gravitant autour des magazines Vogue et Stern et ayant redéfini le sens du glamour au tournant des années 1990, sert encore de modèle.

Les emprunts sont parfois subtils, parfois directs, mais toujours en quête de cet « hyper glam ».

J’ai lu quelque part : « There’s a photo of Jane Birkin I keep coming back to. […] Why? Because she looks alive. Like someone with stories, inner weather, desire. We used to call that beauty ».

Avec le pouce dans une ganse de son jean et la réflexion de sa hanche dans la vitre de la Mini Cooper, blanche comme son t-shirt, difficile de dire si cette photo de Birkin est moins mise en scène que celles des « créatrices de contenu » d’aujourd’hui ou, à l’inverse, si ces dernières seraient moins animées par une « météo intérieure ».

En fait, la différence réside peut-être maintenant dans l’autoproduction (merci à tous les copains et copines également mis à contribution) et dans l’autodiffusion de ces images, ainsi que dans une suggestion certaine, même à bout de bras.

Construire soi-même son image, définir son propre regard, chercher à atteindre ce niveau où : « it’s never been done this clean, this crisp » (Doechii et Westside Gunn, Egypt – remix, 2025) : absolument. Toutefois, une grande partie de la stratégie semble encore passer par l’allumage du désir dans le regard de l’autre, ce raccourci si commode. Car, comment ne pas être distrait ?

Mais une fois devenue reine de la terre, what’s the next level? D’autant plus que, comme le rappelle Josh Tyrangiel : « we’re now in a society defined by […] phones that let everyone see exactly how much better other people have it ».

Le risque pourrait-il être, comme le conclut Wendt, que : « By creating our own virtual environments – shrines to ourselves – we fail to notice that we are limiting ourselves by focusing too much on our selfies. As if we are unable to understand our being-in-the-world, we become accustomed to our being-in-the-image » ?

Je n’aurais pas nécessairement pris une telle courbe carrée, mais, comme dirait Alaclair Ensemble sur Ding dong (2019), il reste que loin de tout ce bruit, aussi somptueux soit-il : « Les plus belles femmes sont celles qui s’montrent le QI » (quotient intellectuel).