Corset

Lu : Cuisine et mouvement moderne en architecture par Catherine Clarisse, un article apparaissant dans Le confort moderne dans l’habitat publié par le Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement du Rhône en 2007, et revu : Les tacots, un film réalisé en 1974 par André Melançon.

En 1953, Le Corbusier, encore lui, enjoint ses mâles collègues à faire de la cuisine : « le lieu du plaisir féminin » (p. 47). Cette injonction repose en fait sur une prémisse perverse voulant que : « La femme sera heureuse si son mari est heureux » (p. 47).

Photo : Le Corbusier à Roquebrune-Cap-Martin, 1951, Lucien Hervé, source.

Pourtant, sur : « […] la base de schémas de rationalisation des gestes et des pas [inspirés des principes d’organisation scientifique du travail industriel, voir le savoureux film Kitchen Stories], les architectes qui ont oeuvré à la rationalisation de la cuisine au XXe siècle en France ont, en règle générale, considérablement réduit cet espace en le concevant pour une personne [comprendre la « reine du foyer »] y travaillant debout et seule. » (p. 48) Le même phénomène se retrouve de ce côté-ci de l’Atlantique dans d’innombrables bungalows, de Châteauguay à Sept-Îles, d’Amos à Rimouski, où il faut souvent abattre une cloison voire un mur extérieur pour s’affranchir d’un espace tenant du wagon-restaurant ou de la queue d’un avion.

« S’agirait-il d’une « cuisine-corset » ? » (p. 48) se demande Catherine Clarisse. Aussi efficace soit-il, un espace aussi restreint empêche en tout cas de s’y tenir à plusieurs et, ce faisant, il empêche tout partage des tâches.

Illustration (publicité) : « Moulinex libère la femme », 1962, p. 61.

Dans le film Les tacots, Hubert ne veut pas de filles dans sa « gang », surtout à l’approche de la course. Christine et ses amies refusent cependant d’être confinées dans les gradins, et elles n’hésitent pas à multiplier les coups d’éclat.

Photo : plan tiré du film Les tacots d’André Melançon, 1974.

Grâce à un joyeux subterfuge, c’est finalement Christine qui coiffe tous les concurrents au fil d’arrivée.

Photo : plan tiré du film Les tacots d’André Melançon, 1974.

Ce qui ne l’empêche pas, elle, de partager le trophée avec Hubert.

Photo : plan tiré du film Les tacots d’André Melançon, 1974.

Comme quoi : « La cuisine, c’est beaucoup plus que la cuisine [!] » (p. 53)